Rencontre avec Margot Boulet,
athlète multi-médaillée en para aviron
Si Margot devait résumer son parcours, elle ne parlerait ni de résilience, ni de performance. Elle irait à l’essentiel.
« La vie est belle. Elle est unique. Et elle est courte. »
Une phrase simple, presque évidente, mais qui prend une résonance particulière dans son parcours.
Derrière chaque entraînement, chaque douleur, chaque progrès, il y a cette même intention : continuer d’avancer, de vivre et de ressentir pleinement chaque instant.
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La vie n’attend pas : l’énergie d’un corps transformé
“Tant qu’on ne me demande pas de courir ou sauter, je fais en sorte que ça ne se voit pas. Mais les douleurs sont là, et parfois frustrantes. J’ai appris à me concentrer sur l’essentiel : ma santé et mon corps.”
“
Juste avant une course, une pensée revient. Toujours la même. « Mais qu’est-ce que je fais là ? ». Une question rarement exprimée par les plus grands athlètes, mais profondément partagée. Car le sport de haut niveau n’efface pas le doute. Il le rend parfois plus intense, surtout dans les disciplines d’endurance, où l’on anticipe la difficulté. Mais selon Margot, la pression est un privilège. Elle devient même un indicateur : celui que l’on est à la bonne place. Les outils qu’elle utilise (gestion du stress, concentration, présence à l’instant) sont transposables dans tous les domaines de la vie. Selon elle, dans un quotidien souvent saturé, où les sollicitations sont permanentes, cette compétence devient essentielle (alors qu’elle est censée être naturelle) : respirer. Et savoir ralentir.
“La préparation mentale ne devrait pas être réservée qu’aux athlètes. C’est un outil puissant pour apprendre à se connaître et s’apprivoiser.”
Le mental comme levier universel
Son parcours prend aujourd’hui une dimension plus large. Interventions en milieu scolaire, sensibilisation au handicap, partage d’expérience. Car au-delà de la performance, il y a un enjeu sociétal. Faire évoluer les représentations et montrer que le handicap n’est pas une exception, mais une réalité qui peut concerner chacun(e) d’entre nous à un moment de notre vie. Et rappeler que le sport peut être un levier puissant pour la reconstruction, la santé mentale, le lien social. Et la confiance en soi.
Une responsabilité qui dépasse
la performance
“Être athlète de haut niveau, c’est aussi porter une forme d’exemplarité : cela signifie que l’on est regardé. Mais c’est surtout le signe que le sport paralympique gagne en visibilité, et que les mentalités évoluent dans le bon sens. Au-delà du handicap, c’est une leçon universelle : il est possible d’être heureux, de se dépasser, et d’avancer, même lorsque certaines limites semblent vouloir nous définir. "
La reconstruction ne se limite pas au soin et passe aussi par l’expérience. Et par la nature. Avant même de pouvoir marcher normalement, Margot remonte à cheval tous les week-ends. Un geste fort et presque instinctif. Car dans la relation à l’animal, il n’y a pas de jugement et pas de regard extérieur. Juste une connexion directe et simple. Selon elle, il s’agit du plus “puissant traitement médicamenteux”.
En parallèle, elle cherche à redessiner son avenir. La natation, qu’elle maîtrise depuis sa plus tendre enfance, devient alors un espace de réappropriation du corps. Un terrain connu, mais profondément transformé. Mais avec lui, une difficulté : la comparaison. Comparer le corps d’avant et celui d’aujourd’hui est presque inévitable, et c’est aussi un piège. Alors elle apprend à déplacer son regard : ne plus chercher à retrouver mais à découvrir, explorer ses capacités actuelles et continuer de tester.
Au fil des années, Margot se construit une force intérieure qui dépasse le simple effort physique. Une conscience aiguë du goût pour l’instant présent, le plaisir dans le quotidien et l’importance de savourer chaque moment. Son corps retrouve (presque) sa liberté, mais c’est surtout elle-même qu’elle apprend à retrouver.
Reprendre possession de son corps et de soi
Le jour de l’accident, elle sent ses jambes se dérober. Ce jour-là, Margot a 26 ans. Et elle est persuadée qu’elle deviendra paraplégique. L’instant qui suit est un mélange de peur et de projection : elle sait que sa vie va foncièrement changer. Les mois qui suivent sont un lourd combat quotidien. Douleurs, stress post-traumatique, suivi psychiatrique : chaque jour est une épreuve physique et mentale. Malgré ses sept opérations en moins de deux ans, Margot s’accroche. Jusqu’au jour où la pose de sa prothèse de cheville lui permet enfin de marcher presque normalement. La douleur s’apaise, le sommeil finit enfin par revenir. La vie et le sport réapparaissent dans son horizon. Lorsqu’elle en parle, elle met un nom sur ce moment suspendu, hors du temps : “le waouh effect”.
Margot comprend alors que la reconstruction passe aussi par le mental. Car le stress post-traumatique ne disparaît jamais : il évolue, parfois jusqu’à recréer physiquement des douleurs. Elle apprend alors à y faire face : respirer, identifier et rationaliser du mieux qu’elle peut.
“La douleur peut rendre fou et a un véritable impact sur le mental. Or, l’esprit fait partie du corps. Et il y a des spécialistes pour le soigner. Le mental est encore trop perçu comme une faiblesse, mais il n’est pas plus une faiblesse que le reste.”
La reconstruction d’une vie après l’accident
Médaille d’argent aux Championnats d’Europe à Szeged
Médaille de bronze aux Jeux Paralympiques de Paris
2024
Son parcours
Médaille d’or aux Championnats d’Europe de Paris
Médaille de bronze aux Championnats d’Europe à Bled
2023
Son parcours
Médaille d’argent aux Championnats d’Europe à Munich
Médaille de bronze aux Championnats du monde à Belgrade
2022
Son parcours
2021
Médaille de Bronze aux Jeux Paralympiques de Tokyo
Médaille d’argent aux Championnats d'Europe à Varèse
Son parcours
Médaille de Bronze aux Championnats d’Europe de Poznan
2020
Son parcours
En 2017, un accident de parachutisme aurait pu tout arrêter. Mais portée par une envie de vivre presque viscérale, elle déploie une énergie qui ne vient pas d’une insouciance, mais d’une lucidité profonde : la conscience de ce que la vie peut enlever… et de tout ce qu’elle laisse encore possible. Le sport est alors devenu son terrain de reconstruction et d’exploration.
Aujourd’hui, Margot relève un nouveau défi : le para-cyclisme. Son objectif ? Intégrer l’équipe de France et briller en Coupe du Monde. Mais derrière cette ambition sportive se cache surtout un désir intime : explorer ses propres limites, dans un corps transformé et une vie qu’elle a choisi de réinventer.
Son handicap n’est pas toujours visible. Et c’est ici que se joue toute la complexité. Margot a durement travaillé pour cela, afin de préserver son autonomie et d’éviter d’être “sur-assistée”. Mais cette invisibilité a un coût. Certains jours, la douleur est bien réelle et parfois invalidante. Ce décalage crée des incompréhensions, des jugements parfois. Alors Margot a fait un choix : ne pas en faire un combat et s’appliquer les mêmes principes que dans sa performance sportive : trier, hiérarchiser, se concentrer sur l’essentiel.
Le paradoxe du handicap invisible
Il y a des personnalités qu’on ne range dans aucune case. Margot Boulet en fait partie.
