Prendre le large :
à 20 ans, choisir l’Atlantique.
À seulement 20 ans, alors qu’il vise déjà
le Vendée Globe 2028, Titouan Pilliard avance à rebours des trajectoires balisées : accepter l’inconfort du large pour trouver quelque chose de plus rare. La sensation d’être exactement à sa place.
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Rencontre avec Titouan Pilliard.
Titouan Pilli ard Skipper, futur participant à la Route du Rhum 2026
Membre du Team Athlètes de Forvis Mazars en France
“Quand je ne vois pas la mer, je ne pourrais pas vraiment l’expliquer, mais il me manque quelque chose.“
“
Pour se qualifier à la Route du Rhum, Titouan devait parcourir plus de 2 000 kilomètres seul en mer. Une étape obligatoire pour prouver qu’il pouvait naviguer plusieurs jours sans assistance.
Mais la première vraie immersion en solitaire ne s’est pas passée comme prévu. Après seulement 36 heures de navigation, un problème technique le force à faire demi-tour. Trois jours plus tard, il repart. Cette fois, les conditions se durcissent rapidement : plusieurs mètres de creux, 25 nœuds de vent, très peu de sommeil et presque rien dans l’estomac pendant près de deux jours. En mer, le physique finit toujours par céder un peu. Le mental prend alors le relais.
“J'ai affronté 48 heures inconfortables dans 3 à 4 mètres de creux avec 25 nœuds de vent. C’était une première pour moi. Mais il faut toujours s’attendre au pire : quand on y est préparé mentalement, le cerveau est prêt à basculer.”
En solitaire, il n’existe aucune échappatoire. Chaque décision engage directement la sécurité du bateau et celle du skipper. La moindre erreur peut devenir irréversible.
Le baptême du solitaire
Naviguer aujourd’hui, c’est aussi voir très concrètement les transformations du monde.
Les dérèglements climatiques ne sont plus des notions abstraites pour les marins : températures de l’eau inhabituelles, météo plus instable, déchets plastiques visibles en pleine mer. Ce que beaucoup découvrent dans des rapports ou des statistiques, eux le voient directement depuis le pont.
La Route du Rhum n’est donc pas une fin en soi pour Titouan. C’est aussi un canal pour porter un engagement plus large : celui de USE IT AGAIN for YOUTH. À travers ce projet, il s’agit de transformer une aventure sportive en levier de sensibilisation autour de la protection de l’océan et de l’économie circulaire. Ce projet réunit déjà 130 étudiants à travers 10 pays, qui travaillent autour de solutions, d’actions de terrain et de formats de sensibilisation pour repenser notre rapport aux ressources et aux déchets, notamment en lien avec l’océan.
Voir le monde autrement
"Pour s’engager, il ne faut pas avoir de ‘déclic’ : il ne faut pas attendre d’être confronté au problème pour estimer que nous ne sommes pas concernés. Il faut se rendre compte du problème individuellement. Et l’engagement vient alors naturellement."
À 20 ans, là où beaucoup cherchent encore leur place, Titouan Pilliard a choisi la mer. En novembre prochain, il prendra le départ de la Route du Rhum comme le plus jeune skipper de cette édition.
Face au vent, au manque de sommeil et à l’océan, chacun avance seul. Mais pour Titouan, traverser l’Atlantique a un double objectif. Vivre intensément d’abord : tester ses limites, retrouver un rapport au monde devenu rare à terre - le silence, la concentration, l’essentiel. S’engager ensuite : à travers USE IT AGAIN for YOUTH, un projet porté par 130 étudiants dans 10 pays autour de la protection de l’océan.
En solitaire sur l’Atlantique, mais relié à une dynamique collective, Titouan embarque ainsi bien plus que l’objectif premier d’une course.
Vu de la terre, plusieurs jours seul au milieu de l’Atlantique peuvent sembler étouffants. Pour Titouan, c’est presque l’inverse.
“Ce que je me suis dit en solo, alors que j’étais quasiment au niveau de l’Irlande : je peux aller où je veux. Si je rallonge, je peux aller à l’autre bout du monde. Sans l’aide de personne. C’est un sentiment puissant.“
La solitude comme liberté
Partir seul en mer, c’est accepter de perdre ses repères habituels. Le temps ne fonctionne plus de la même manière. Les journées ne sont plus rythmées par des horaires, mais par la météo, les réglages du bateau et la surveillance permanente.
Le sommeil devient une stratégie de survie. Quelques minutes par-ci, parfois 30 ou 40 minutes au maximum. Car le danger ne vient pas uniquement des tempêtes.
Entre l’Espagne et la Grande-Bretagne, les cargos traversent la nuit comme des immeubles flottants. Plus près des côtes, les filets de pêche deviennent des pièges invisibles. Le skipper apprend à vivre dans un état de vigilance presque continu.
“Les collisions arrivent régulièrement. Et c’est le pire cauchemar qui puisse arriver. Savoir que nous avons travaillé sur un projet pendant 4 ans, mais que tout peut s’arrêter en quelques secondes, c’est effrayant. “
Quand le cerveau “switch”
La fatigue devient alors une présence permanente. Pas quelque chose que l’on élimine, mais quelque chose avec lequel on apprend à avancer.
Ce sentiment de liberté revient souvent lorsqu’il parle du large. Pas une liberté spectaculaire ou romantique. Plutôt quelque chose de très simple : avancer seul, prendre ses décisions, dépendre uniquement de soi-même et de son bateau. Cette relation à la mer s’est construite tôt. Quelques mois dans l’enfance à Shanghai, où l’océan était proche mais inaccessible, puis adolescent sur les côtes bretonnes, Titouan a progressivement développé un lien presque instinctif avec le large.
C’est aussi ce qui donne du sens sur la Route du Rhum : embarquer avec soi une dynamique collective qui dépasse le simple cadre d’une performance sportive.
Le retour à terre apporte toujours des choses simples : une nuit complète, un lit sec, le silence après plusieurs jours de vent. Mais les traversées en solitaire laissent surtout autre chose : une forme de clarté. Après plusieurs jours seul en mer, certaines préoccupations disparaissent presque naturellement. Les priorités deviennent plus simples, plus nettes.
Ce que le large laisse
© Matt Ashwell - USE IT AGAIN
© Matt Ashwell - USE IT AGAIN
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